LORIENT  SUR MER ET SUR TERRE  RIVE GAUCHE  Dr BERNARD
La part LORIENT est écrit sur la page Compagnie des Indes (ARSENAUX.FR) 

Prenons à LORIENT le bateau qui fait le service  de l'Hôpital Martime de Port-Louis  et traversons la rade pour débarqué à Penmané.
Penmané n'est qu'une presqu'île pelée, verdie à peine par queluques herbes rares ,etoù se trouve un village de quatre maisons qui, comme la plupart des villages bretons , constitue pourtant une commune  de 5000 âmes.
Non loin de Penmané, les îlots presque sous- marins de Loc-Miquélic portent, au milieu des eaux tranquilles, l'ancien couvent de Sainte-Catherine 
Derrière Penmané s'enfonce la petite mer de Gâvres. C'est à Gâvres que la Marine a établi son champs d'expériences pour l'artillerie, et les échos y retentissent chaque jour de détonations formidables, et la butte y est criblée d'obus et de boulets d'une taille prodigieuse........
Après Gâvres c'est Plouhinec, qui élève au milieu des pins le clocher pointu de sa curieuse église de Sainte-Radegonde.
Plus loin, c'est Riantec, d'où une chaussée qui parcourt les landes et les plages nous conduit à Loc-Malo
C'est aujourd'hui jour de foire. Les paysans vont regagner leurs fermes et chaumières, et les auberges de Loc-Malo regorgent de monde; hommes et femmes, valets de charrue et propriétaires, porchers et marchands, chacun boit à qui mieux mieux. Puis les fermiers, coiffés de grands chapeaux et les vêtements couverts de larges bandes de velours noir, partent, poussant devant eux leurs boeufs et leurs vaches et portant triomphalement leur large parapluie rouge. Des tombereaux s'en vont au trot, chargés de femmes qui s'abritent sous leurs capotes d'indienne, et le tapage des roues sur les cailloux de la route, les conversations bruyantes échangées dans le rocailleux idiome de l'Armorique, les grognements de désespoir des porcs cahotés dans le fond de la voiture, sous les pieds des voyageurs, tout cela se passe à grands fracas, et le véhicule grotesque disparaît dans un nuage de poussière.
C'est plutôt par le vin que le sabre , disent les historiens, que les Romains ont conquis la Gaule, et les Celtes modernes se gardent de mentir à leur origine: chacun est gris, à moitié ou tout à fait. Des ivrognes se traînent lamentablement aux bras de leur femme aussi malade qu'eux. Un paysan croît ramener au logis le porc qu'il n'a pas  pu vendre, et, comme fait un chien d'aveugle, c'est le porc qui le conduit lui-même, et, de temps à autre, homme et bête roulent ensemble dans les fossés du chemin. Deux amis qui veulent se soutenir l'un  l'autre s'en vont trébuchant à chaque pas;
; ils ont cru qu'il pleuvait et ils ont ouvert leurs grands parapluies, qui, maltraités, brutalisés, ont fini par se retourner comme des parapluies en révolte, et ils les brandissaient sur leurs têtes ou il les traînent honteusement dans les ornières poudreuses; ils se reprochent mutuellement ét à grands cris l'état abominable dans lequel ils se sont mis; ils se battent, s'embrassent, tombent sur les tas de pierres, se relèvent tout enfarinés et, roilant olutôt que marchand, ils s'en vont ainsi de cabaret en cabaret. 
La route se bifurque-t-elle? "au rendez-vous des trois chemins!" !  et ils boivent.
Deux routes se coupent'elles? ..."Au rendez-vous des quatre chemins" ! et ils boivent encore. Se rencontre-t'il un pont ?  "Au rendez-vous des passagers" ! et ils boivent encore et toujours. Et tout cela sans chants, sans gaieté, comme aussi sans étonnement de la part des rares passants qui ont conservé leur raison intacte. Un charretier a trouvé contre un mur ou au revers d'un talus un ivrogne de sa connaissance; il l'a jété, comme un sac, entravers de sa cariole, avec ses poules et ses porcs, et, charitablement, il le rapporte au logis: " tiens, c'est Jean-Pierre § Tiens voilà Yvonnic" ! " disent les paysans d'un air distrait, et, sans sourire, sans dégoût, ils passent leur chemin . Et dans la niche fleurie, du milieu de ses bouquets d'ajoncs, saint MALO, patron du village, regarde, sans sourciller, s'en aller la foule avinée et grotesque.
Un paysage maritime, d'une monotonie triste et grandiose, s'étend devant Larmor. A gaucge s'élèvent Kernével et l'hôpital de Port-LOuis; en face s'étend la mer de Gâvres; au loin s'estompe Belle-Ile avec ses falaises et ses prairies; à droite, l'île de Groîx ferme l'horizon; à nos pieds, enfin, s'allonge, déserte et morne, la plage blanche jonchée de coquillages et de varechs dessechés mélancoliquement au ventde la mer. 
Quelquefois, pourtant, les bateaux sont si nombreux entre Groîx et Gâvres, qu'on prendrait leur longue file pour une bande de terre, qu'on prendrait leurs  mâts pour une rangée de peupliers sans feuilles; ce sont les pêcheurs de sardines qui sortent. C'est vers le mois de mai que ces poissons descndent du nord. Leur arrivée est annoncée par l'apparition d'une espèce d'avant-garde. On attend ces éclaireuers avec impatience, et le marin qui rentre un beau matin annonçant les  "coureuses " est aceulli avec joie. Alors chacun se prépare . De Brest à Saint-Nazaire, de vraies flotilles s'arment pour la pêche, et bientôt les bateaux de Groix, les Groisillons, couvrent la mer de leurs voiles blanches.
Le lendemain, une barque fleurie pavoisée et sur laquelle est dréssé un autel, emporte vers le large les bannières et les prêtres en surplis. Toutes les embarcations suivent la file, et la processionflottante s'en va en pleine mer  entendre la messe des "sardines". Le "stationnaire" de la rade escorte les pêcheurs et mêle la voix imposante du canon aux chants des cantiques qui courent sur la houle.
Les grands bateaux de  dix à quinze tonneaux, à deux mâts et voilés en chasse-marées, vont alors tenir la mer pendant une semaine entière.
Vétus d'une vareuse épaisse, chaussés de bottes qui montent jusqu'aux hanches, coiffés du noroît ciré, le suroît des Provençaux, quinze ou vingt hommesforment l'équipage de chaque barque.
Et c'est un dur métier, et ce sont de rudes marins que ces pêcheurs, que ces loups de mer bretons, dévots et buvant sec, jurant pendant le calme et priant pendant la tempête!
On attire la sardigne avec de la rogne, mélange de  frai de morue et de frai d'esturgeons qu'on reçoit de Norvège et qu'on sème à pleines mains dan les flots, comme un laboureur ensemence son champ, et on pêche sans cesse.
Chaque bateau prend d quatre à cinq cents kilogrammes de poisson par nuit!
Et les sardines défilent en bataillons serrés. Sur une largeur de plusieurs kilomètres, sur une épaisseur qui n'a que le fond pour limite, le banc qu'elles forment marche, longeant les côtes de Bretagne. Il va, il s'écoule comme un fleuve vivant, et,  pendant plusieurs semaines, il passe, il passe toujours . Mais d'où viennent ces myriades, ces torrents d'êtres animés? Ou sont'ils nés? où vont'ils? On l'ignore. On les suit bien jusqu'au Sénégal, mais là ils s'engouffrent dans les profondeurs de ces abîmes que la sonde n'a jamais pu mesurer, et on ne les voit plus remonter vers le nord. Et pourtant, chaque année, de la même  source mystérieuse sortira le même flot  de vie, qui suivra la même route et qui ira se perdre dans les mers tropicales. N'y a t'il pas en vétité quelque chose qui étonne, qui effraye l'esprit dans cette puissance créatrice de l'Océan?.
Toutes les sardines que les bateaux de pêche puisent dans cette multitude sont transportées directement aus  "fricasses".
On appelle ainsi  ces établissements industriels qui empestent la côte, de Douarnenez à Chémoulin, et d'où les sardines, décapitées, éventrées, écaillées, sont envoyées à Nantes, pour finir leurs aventureuses pérégninations  dans l'huile des boîtes de conserve..........