LES PARDONS DE LA MER 

Autrefois , et encore dans certains ports, la foi et la religion des pêcheurs  revêtaient un caractère très religieux et donnaient lieu à des rassemblements et des festivités .Cela aussi permettait de célébrer l'absence des pêcheurs disparus en mer
Dans les années 1900, le 24 juin, fête de la Saint JEAN, tous les ports qui avaient vue sur GROIX, de LARMOR à GAVRES, avaient un pardon. 
De tous les clochers de ces villages, les carillons retentissants s'égrènent  dans le ciel matinal. Dans chaque petit port, les populations endimanchées descendaient vers les quais où les barques sont à flot . Pêcheurs de Larmor, de Gavre, de Port-Louis et Riantec, gens de Port-Tudy sont sur  pied. Tandis que les femmes assistent à la messe d'aube, dans l'église de leur paroisse, ils terminent les apprêts du départ. 
Las bâteaux fraîchement repeints, affectent une coquetterie inacoutumée. Tout est propre, astiqué et luisant comme pour une parade. 
Et c'en est une, en effet, à laquelle pas un de ces hardis laboureurs de  vagues ne voudrait manquer.
La messe  terminée, le portail s'ouvre. Le clergé s'avance processionnellement  vers le môle; il est en surplis, l'étole au cou. Une chaloupe s'avance, pour qu'il puisse y embarquer. La voile s'ébroue, grimpe le long du mât, s'enfle, comme un bouclier sonore, au souffle de la brise d'été.
"A Dieu va! crie l'homme de barre
Les prêtres entonnent l'AVE MARIA  STELLA, dont les femmes agnenouillées sur le rivage répètent en choeur les versets. C'est au bruit de ces chants que la barque sacerdotale cingle vers la haute mer. Toutes les autres barques, chargées de pêcheurs en habits de fête, s'élancent à leur tour dans le sillage. 
Il n'y a pas un petit port, un petit havre minuscule de cette côte où ne se produise la même cérénomie. Ce ne sont de toutes parts que les légères escadrilles voguent vers un lieu commun . Ce rendez-vous, il est là-bas, à mi-chemin de GROIX et du continent, dans la passe la plus dangeureuse et sur le point le plus redouté qu'on appelle "coureau".
Quant se déchainent les vents adverses, nulle route marine, le RAZ excepté, ne tend plus de pièges. Mais aujourd'hui, le terrible coureau n'est que sourire; il a rentré ses inscints mauvais. Un bateau  de pêcheurs de thon se balance à l'ancre dans ses remous presque caressants. Sur le pont, au pied de la mâture, un autel est dressé et,  devant l'autel, se tiennent les membres du clergé de GROIX. Les flotilles font cap  sur ce tabernacle flottant. Les unes après les autres, elles viennent  se ranger en cercle autour de lui ; les voici toutes présentes, celles de la rivière d'ETEL, celles de l'embouchure du  BLAVET, celles de la  douce et tendre LEITA (LAITA). Un coup de "pierrier" (sorte de petit canon dont on se servait principalement sur les vaisseaux pour tirer à l'abordage, et que l'on chargeait avec des cartouches remplies de pierres
, de cailloux ou de ferrailles,  retentit: une clochette teinte; la "bénédiction de la mer " va commencer.
Le recteur de GROIX sasi le Saint Sacrement , l'élève à la hauteur de son front et murmurant les paroles rituelles, promène l'ostensoir d'or dans toutes les directions. Dans les barques, les durs visages boucanés s'inclinent, les yeux couleur d'aigue-marine se mouillent, les grosses mains rugeuses  comme des écorses pétrissent le béret d'un geste attendri. L'officiant entame les  premiers vers d'un cantique ; aussitôt, des centaines de voix lui font chorus. Elles sont rudes, âpres, inégales. Lorsque l'hymne s'interrompt, le célébrant asperge la mer et prononce les paroles de bénédiction. Puis, de nouveau, les voix reprennent, tandis que s'opèrent les manoeuvres de retour. Rien n'est plus solonnel que ces traînées de chants sur les eaux , auquels répondent, dans la paix du soir, les sonneries grêles et douces des angélus côtiers . ( lecture pour tous 1902)