ILE AU MOINES ET LOCMIQUELIC
(extrait du livre de Michel GALZAIN) 

....Une flotte amie, c'était celle des pêcheurs de la baie du Port-Louis ( Gâvres, Etel, Saint Cado, Locmiquélic et Riantec. L'île les englobait collectivement sont le noms des "Gâvrais", familliers du golfe d'octobre à la semains sainte. (l'été, ils devenaient pêcheurs de thon).
Leurs barques, à demi pontées, enfournaient dans un réduit ménagé sous le gaillard des bottes de paille, mobilier rudimentaire de cet inconfortable logement pour le couchage du jour, la pêche pratiquée invariablement de nuit, la journée passant à rôder le long du rivage pour y détecter les bancs de poissons.
Le soir venu, avant de jeter la senne à l'eau, chaque équipage préparait sa cotriade, unique repas de la journée, arrosé le matin d'un boujaron d'eau de vie, après le départ des mareyeurs de VANNES et d'AURAY, qui venaient acheter le poisson dès l'aube, si bien que personne ne pouvait évaluer le produit de la pêche que les pêcheurs  disciplinés ne révélaient pas.
L'esprit de corps se manifestait aussi dans le respect strict des parages dévolus à chacun. Ceux de l'Ile aux moînes fréquentés par trois bâteaux de quinze hommes qui, vers la fin de l'après-midi, se rendaient à l'auberge attitrée; un équipage à KERNO chez LABOUSSE, un autre au café du MENHIR à KERGONAN, le troisième à l'estaminet du PETIT-PONT.
Dans les trois maisons, tous les soirs, à la même heure, la même scène se renouvelait au rythme lent et immuable où s'écoulent les saisons. 
En arrière-automne de verglas et de neige quelquefoi, plus souvent de pluie tombant sur les carreaux en rafales cadencées, la couleur locale ne manquait pas dans la vaste salle commune éclairée des seules  lueurs du feu de bois dans l'imme,se cheminée où bouillaient poissons, oignons, pommes de terre, le plat surveillé par l'homme de corvée, cuisnier et vestale, en vareuse et bottes, comme ses compagnons silencieux.
Une famille du village, chacune à son jour, apportait sa soupière pleine de pain taillé
L'équipage lui trempait sa soupe que la femme rapportait à la maison avec un plat de poisson; dix fois le prix de la bouteille qu'il était d'usage de payer en échange.
Les hommes eux-mêmes d'attablaient et attaquaient la cotriade sans dire un moot, sans se presser; Jusqu'à huit heures, on avait tout le temps de manger et de boire.
Chacun avait devant lui son litre de vin, le mousse sa chopine. Après le repas, la vaisselle. Cette fois on chantait, le plus souvent en Breton. Au café du MENHIR, JUliedisait sa prière, récitait son chapelet auquel répondaient marins. Puis, c'était le vin chaud, dernier rite de la soirée avant le départ en bottes et en capottes cirées: les Gâvrais s'en allaient jusqu'au lendemain dans le vent glacial et dans la saumue au rendez-vous de la marée de la nuit.
Depuis longtemps, les Gâvrais et Sinagots, leurs affinités les portent plutôt vers LORIENT.
Aus régates de l'île, leur rendez-vous est fidèle, mais davantage sont là pour le prestige, comme les vétérans rescapés d'une grande guerre, passées de l'économie au folklore.(Michel de GALZAIN)